Prague, belle au bois dormant ?

Bons plans Prague en cours de recensement ici.

Il paraît que je n’ai pas parlé de Venise, ce que j’ai du mal à comprendre étant donné que la ville s’est offerte une place de choix dans mon coeur. Peut-être ai-je pour l’instant besoin de garder cet amour secret. J’y reviendrai. Pour l’instant, transportons-nous à Prague, ville où, assez étonnamment, les Italiens ne sont pas trop dépaysés. Prague a des airs de Turin dans mon souvenir. Le baroque florissant a été directement importé du pays ensoleillé, et les deux pays ont longtemps entretenu de solides relations, les architectes et les peintres italiens se révélant d’une grande influence sur les tchèques. Aujourd’hui, en plus de l’architecture par endroits familière, le touriste italien rira de se trouver si souvent face à des ristorante, des échoppes de gelati et des magasins de sacs en cuir florentin. Le dépaysement est là, pourtant. Et Prague me rappelle plutôt Leipzig que Rome ou Florence.

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Je me suis plongée dans l’histoire contemporaine de Prague quelques jours avant de prendre l’avion, et me permets de vous rappeler trois dates fondamentales, dans un résumé vraiment très résumé. En 1948, le Parti communiste s’empare de la totalité du pouvoir. En 1968, le Printemps de Prague, bien qu’éphémère, marque profondément le pays : Le parti communiste tchécoslovaque tente des réformes vers un « socialisme à visage humain », mais au bout de quelques mois, les Russes envahissent le pays. En 1989, la Révolution de velours (appelé ainsi car ayant versé peu de sang) précipite la chute du Régime Communiste et ouvre les frontières du pays.

1989, ce n’était pas il y a bien longtemps. Quelques années avant ma naissance. Mes compatriotes tchèques font donc partie de cette génération qui ont profité de la liberté retrouvée sans nécessairement se soucier de son importance. Pourtant, la capitale tchèque, de ses monuments jusqu’à l’air qu’on y respire en passant par ses habitants, semble toujours fortement marquée par ce nouveau souffle. 

Il y a Květoslava Křižová, artiste tchèque, que je rencontre dans la galerie où elle expose. Son plus grand plaisir est de prendre l’avion, de s’envoler vers des pays lointains, vers les États-Unis, l’Asie ou l’Australie, et de regarder le monde par le hublot. « Depuis que la République Tchèque n’est plus une prison, je voyage ». Le terme de prison me fait ouvrir de grands yeux, et son allemand approximatif fait que je ne suis pas certaine d’avoir bien compris. Je lui fais répéter. Prison au sens littéral peut-être ? Non, elle n’a jamais été emprisonnée, il ne s’agit pas de cela, mais bien de ce souvenir funeste d’une Prague dont on ne peut s’échapper. 

Il y a François, ce français marié à une anglo-tchèque que je croise dans un café, et qui compare Prague à Paris d’une façon qui me parle tout à fait : à Paris, les gens sont immobiles et ne prennent plus de risques. Moins, disons. À Prague, il y a cette possibilité de lancer une idée, un projet, un rêve, et de s’y mettre. Parce que la ville a si longtemps été empêchée de courir vers l’inconnu, elle bat aujourd’hui de projets et d’espoirs dynamiques, internationaux, créatifs. Et c’est avec un oeil nouveau que l’on regarde les bâtiments imposants. Ils ne sont pas seulement les témoins immobiles d’une époque surannée. Ils sont l’expression de la dualité de cette ville, attachée à son passé et confiante en son futur.

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Prague dynamique alors ? Centre névralgique de l’Europe centrale ? Nouvelle coqueluche des jeunes habitants ? Oui et non. Le dynamisme de la ville n’est pas à prouver lorsqu’on se promène dans les villes : on esquisse un pas de danse au son des musiciens jouant un peu partout, on bouscule des touristes venus du monde entier. La ville vibre et tremble d’une activité impressionnante, alors que l’été n’a même pas tout à fait commencé. Pourtant, les noms de Berlin, Paris, Londres et autres capitales européennes reviennent souvent dans le discours de ceux que je croise. « Prague, ce n’est pas Berlin. » « Oh, quelle chance tu as de vivre à Paris ! » « Prague est plus calme que d’autres villes ». Prague, en se hissant à la hauteur d’autres capitales européennes, semble alors souffrir de la comparaison.

La jeune Russe travaillant à la galerie Millennium lorsque j’y passe m’explique qu’elle aime vivre à Prague, l’air y est agréable et les gens y sont sympathiques. Mais la musique vient d’un autre temps, les nouveautés ne sont pas immédiatement importées, et il n’y a pas toujours quelque chose à faire lorsque l’on souhaite sortir. « Ce n’est pas international comme Berlin, la vie y est plutôt calme. »

Une étudiante tchèque travaillant dans un café à la sortie du Pont Charles réfléchit à ce qu’elle aime dans sa ville. « Le centre est si joli, romantique. Il y a plein de touristes maintenant cela dit. » Le centre historico-romantique. La première image que l’on a de Prague, que l’on soit touriste ou habitant, n’est dynamique que par ses touristes. Les tours semblent surgir d’un autre monde. Témoins immobiles d’une époque surannée alors ? Point de véritable dualité attractive à l’horizon ? Pourquoi alors est-ce que je m’y sens si bien ? Les villes immobiles n’ont jamais été mon fort.

Un indice : Culture, culture, tu seras toujours le fin mot de l’histoire.

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Architecture, littérature, peinture, sculpture, musique.. Dans quels domaines une volonté d’ouverture vers la nouveauté et l’international peut-elle le mieux s’exprimer ? Qui sinon la culture peut le mieux traduire le désir d’un habitant, d’une ville, d’un peuple, à aller de l’avant ? Une promenade dans les rues de Prague ne nous fait pas seulement bousculer des touristes. On lève aussi son regard vers les affiches annonçant des concerts, des lectures, des expositions. (Du moins, c’est ce que l’on devine grâce à la force des images. Parce que la langue tchèque n’est pas tout à fait des plus accessibles. Pas tout à fait.) Et si les musées y sont moins nombreux qu’à Berlin, les expositions moins régulières qu’à Paris, les évènements culturels n’en sont pas moins le reflet magique de ce souffle vers l’avant. Les artistes se rassemblent, créent des projets communs (l’image ci-dessus est issue du projet SKAS, initiative des artistes Svetlana Kurmaz et Alexander Sokht, créant à eux deux quelque chose n’ayant rien à voir avec leurs itinéraires personnels jusque là.), bousculent les codes et les regards sur leurs villes. Les galeries d’art ressemblent à des maisons accueillantes, avec leurs hauts tabourets, le thé sur la table et les bonbons dans une corbeille. Culture. Ouverture.

En une journée, je discute une heure durant avec une artiste tchèque croisée au hasard de sa galerie. Je rencontre une ancienne comédienne, installée à Prague depuis de longues années et m’expliquant dans un français plus qu’approximatif le bien qu’elle pense des touristes venant découvrir sa ville. Je discute avec cette étudiante tchèque alors qu’elle n’aurait pu que me servir ma limonade. Aucune de ces rencontres n’était prévue ou arrangée. Aucune de ces rencontres n’a nécessité un grand effort de ma part. Les gens viennent vers vous. Prague vient vers vous. Transportant avec elle une histoire lourde et imposante, mais aussi colorée, variée, et si prometteuse aujourd’hui.

En découvrir un peu plus : En 2009, à l'occasion de la présidence tchèque de l'Union Européenne, la République Tchèque avait mis sur place un site destiné à faire découvrir le pays. Il est lisible, clair, léger et pourtant assez complet : eu2009.cz

 

J’ai tant de choses à dire, encore, sur Prague, que je ne sais par quel bout les prendre. Portraits des gens croisés, mes 10 spots préférés, galerie de photos ou émotions personnelles… À moins que vous ayez une préférence, surprise au prochain rendez-vous.

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5 réflexions sur “Prague, belle au bois dormant ?

  1. Oh la la, c’est encore plus chouette que le pourtant déjà cultissime billet sur Leipzig ! (Juste parce que je suis pointilleuse, les tchèques ne sont pas encore tes compatriotes 😉 disons tes correlegionaires ou que sais-je). Merci infiniment et bravo encore pour toutes les belles rencontres ! (Plus quand j’aurai passé mon débit de semaine. ..) Bises+++++

  2. C’est fort joliment écrit Lucie. Et tu restes combien de temps à Prague? J’étais venu pour quelques années au départ, et maintenant j’y suis depuis plus de 10 ans 🙂 Si tu souhaites aller boire une bière et discuter des bons plans, laisse-moi un message sur mon Email. Au plaisir, Strogoff

    • Merci beaucoup ! J’espère que ça te semble plutôt juste, à toi qui es resté 10 ans, ou bien ce sont vraiment des impressions de touriste ? Je pense rester encore quelques jours je ferai signe pour en discuter 😉

      • Juste? Oui, non, enfin globalement oui, mais l’appréciation change avec les années. Et surtout, le plus beau de Prague n’est pas visible à l’oeil, mais à l’âme… ça demande un peu de temps: lever de soleil sur le pont Charles ou en haut du Château, au printemps, coucher de soleil dans Riegrovy Sady début d’automne, brume matinale sur la Vltava en Janvier-Février, orage noir-grave un après-midi de mois d’août, neige blanche et fraîche sur Mala-Strana… Ca laisse des traces dans la mémoire, nettement plus que dans les yeux 🙂

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