Venise : coup de coeur pour la ville musée.

Dimanche 25 mai.

Hier à Cracovie, je rencontre une Italienne. Elle vient de Venise. Mes yeux s’illuminent, je lui offre mon plus grand sourire. Oh, Venise, j’y étais il y a un mois. C’est si beau. Elle rit. De ce même rire habitué que je sers aux gens lorsqu’ils s’émerveillent de m’entendre dire que je viens de Paris. « Oh tu viens de Paris ? Quelle chance tu as. » Tout est relatif. Pour moi, c’est cette Italienne qui a bien de la chance. Venise. Je me sens très vite loin de Cracovie, les images défilent dans mon esprit.

Détail Venise 1

photoCroquis de mon paternel, son blog.

Une de mes nouvelles croisades est d’expliquer aux gens que Venise n’est pas la ville-musée que l’on s’imagine. Ville-musée. Quelle expression bien offensante pour les musées. Une ville figée dans le temps, abandonnée de tout dynamisme et livrée aux touristes de passage. Une ville dans laquelle rien ne se passe, où personne ne vit, une ville sans âme, un sujet photographique comme un autre. Permettez-moi de vous rappeler combien les musées actuels peuvent être technologiques, dynamiques, pluriels et adaptés à des publics variés. Venise est une ville musée dans ce sens là. À Venise, comme dans toute institution culturelle qui se respecte, le temps passe et fait évoluer les choses, des évènements sont mis en place, les gens se promènent, habitués ou touristes, visiteurs ou employés, des combats divers sont menés, et il n’y a rien de mort ou de figé.

Venise est vivante, alors ? On essaie pourtant de saper mon enthousiasme.

Benedicta, actrice, metteuse en scène et professeure : « Venise est conservatrice. L’art ici est magnifique, mais stagnant. La vie culturelle d’aujourd’hui, ce sont les artistes en résistance culturelle (ou politique) et les circuits de fric et de « connections » (Biennale etc.) ». C’est ce qu’on m’avait expliqué à Leipzig, aussi. Un peu partout, il n’y aurait donc que trop rarement de justes milieux entre les grandes attractions culturelles faites de réseaux internationaux et les initiatives résistantes sans réelle portée. Et un mur de fer entre les deux univers.

Une des universités de Venise était occupée quand j’y étais, il y a un mois déjà. Les étudiants luttaient contre la privatisation de certains locaux, de certaines salles, bâtiments historiques qui allaient probablement être reconvertis n’importe comment. On fait la fête dans les jardins de l’université occupée, on rit, on danse sur des rythmes de reggae italiens, mais on reste tristement convaincus que les bullodzers capitalistes vont bientôt raser les bâtiments universitaires. Pourtant, les jeunes qui twettent et instagrament l’évolution de cette résistance universitaires discutent aussi des dernières expositions et des derniers concerts dont ils ont entendu parler.

Venise est vivante. Il suffit de jeter un seul coup d’œil aux affiches dans les rues pour prendre la mesure de l’offre culturelle. Une petite dizaine d’expositions de grande qualité dans toute la ville, des concerts et des conférences presque dans chaque quartier, ainsi que des évènements particuliers organisés à plus petites échelles (dans une librairie ou un café par exemple). Il y a une effervescence que j’ai par exemple cherché en vain à Florence.

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La Casa dei Tre Oci n’est pas dans tous les guides vénitiens, et pourtant elle vaut le détour. (au sens propre du terme, puisque située sur l’île de la Giudecca, juste en face de l’arrêt Zitelle, il faut faire un ou deux stops en vaporetto pour l’atteindre) Je ne suis d’ailleurs pas la seule à l’avoir constaté, puisque les salles de l’exposition temporaires dédiée à Salgado, étalées sur trois étages, sont bondées un mardi matin dès 10h et qu’on retrouve des photos de l’exposition partout sur les réseaux sociaux, postées par des Italiens amoureux de l’art.

La Casa se transforme aussi en Scuola de temps à autres, pour donner des conférences liées de près ou de loin à l’objet de l’exposition. Le programme est facilement accessible sur internet.

Il existe des lieux à mi-chemin. Il existe des initiatives inspirantes. Pas de mur de fer. Les touristes trouveront toujours quelque chose à leur goût. Les touristes ? Oui, une note amère tout de même. La culture … ne fait pas tout.

La ville manque de supermarchés et d’hôpitaux, la proportion de restaurants et de boutiques de masques y est incroyable en comparaison de services les plus basiques. Les prix sont élevés, quelle que soit la qualité, et la majorité des rues semble avoir été organisées pour le touristes lambda, calculée en fonction. Plusieurs étudiants se plaignent de l’anormalité de cette ville. Il est possible, et même assez facile, d’éviter les touristes (Vous distinguez les panneaux indiquant le chemin vers la Place Saint Marc ou le Pont du Rialto ? Partez simplement dans la direction opposée, et très vite vous vous perdez dans des ruelles au charme fou.) mais ce n’est pas pour autant que la ville gagne en normalité.

Que faire ? Je suis à deux doigts de vouloir réguler les flots de touristes et établir des maxima selon les saisons. Je n’ai jamais adhéré à une seule des élucubrations des partis d’extrême-droite concernant l’immigration en France, et voilà que je me mets à rêver d’un contrôle des touristes à l’entrée de Venise. De quotas. Ce n’est de toutes évidences pas la solution. Mais Venise, cela saute aux yeux, n’est pas faite pour être ainsi saturée de gens de passages. Et elle y perd. Elle s’y meurt même, paraît-il. (Les paquebots déversant des marées noires de touristes inconscients et saccageant les fonds marins ont tout mon mépris). Alors quoi, se résigner ? Certainement pas. Peut-être continuer à prêcher que Venise n’est pas une ville-musée. Que y aller deux jours pour y manger en amoureux ne vaut peut-être pas la peine. Autant aller à Rome. Ou dans le Sud. Et ne garder Venise que lorsqu’on a du temps, et que l’on se sent d’humeur à faire honneur à la ville. Rangez un peu les dollars, perdez vous un peu dans les ruelles, tentez de parler italien. Venise se mérite, ne la gaspillez pas.

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Une réflexion sur “Venise : coup de coeur pour la ville musée.

  1. Quelle belle ode ! Rassurée qu’il y ait de quoi traverser les murs de fer (après la fin du rideau du même métal, ce serait un comble !) et bien convaincue que beaucoup de choses en matière culturelle doivent se jouer « au milieu », entre la marge et le marché-roi. Et tous les touristes, ils ne pourraient pas payer une sorte d' »impôt touristique » qui financerait la vie « normale » avec hôpitaux et autres services ? Rêvons… Merci infiniment de cette nouvelle échappée 🙂

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