Leipzig : ville de l’est cherche culture (with english translation)

Leipzig, ville de l’Est. Même en s’étant goinfré toute sa vie de cours d’allemand, de cours d’histoire allemande, et de cours d’actualité allemande, on ne réalise pas forcément que cela a encore un sens aujourd’hui. Je veux dire, l’Est, l’Ouest, c’était plus ou moins avant ma naissance, quand même. Autant dire de l’histoire. J’ai beau passer à Berlin avec une régularité de coucou suisse, le mur, les différences Est-Ouest, c’est plus ou moins de l’ordre du guide touristique et des choses en déclin, dans ma conception des choses.  Et pourtant.

Pourtant tous les allemands que je croise ici, même U25 (en-dessous de 25 ans), me signalent au détour de chaque conversation et au bout de deux trois phrases que Leipzig est une ville de l’Est. Que ce soit pour m’indiquer joyeusement que le coût de la vie y est miraculeux ou pour me signaler l’air défait qu’il y a bien des problèmes, on en revient toujours à « Leipzig est une ville de l’est« .

Il y a d’abord eu la-dame-de-la-pâtisserie-en-bas-de-chez-moi (c’est à dire que la pâtisserie n’a pas de nom, et sa gérante non plus, par la même occasion). Tout ce que je sais, c’est qu’il s’agit de la Bäckerei à côté du Café Maître, au numéro 62 de la Karl-Liebknecht Str. Et que je recommande chaudement l’endroit, pour les amateurs de gâteaux, de thé, et de comptoir en bois. Quoi qu’il en soit, il y a donc d’abord eu elle, l’inconnue souriante, arrivée il y a un an à Leipzig et m’assurant que ce que Leipzig fait de mieux, ce sont ses habitants. Je me retiens de ricaner puisque j’ai eu droit au même discours à Cologne, tous les autochtones m’assurants qu’autour de Cologne, point de salut. Ici, c’est hors de Saxe point de salut. Parce que Leipzig est une ville de l’Est – cela est donc mentionné après environ 28 secondes de conversation – et qu’apparemment les gens y sont particulièrement chaleureux et accueillants. Ostalgiiiiie, quand tu nous tiens. (nostalgie de la période socialiste où tout était rose, concept largement en vogue de ce côté-ci de l’Allemagne).

Leipzig, an Easttown. Even though you’ve stuffed yourself all your life with German lessons, German history, German news, you don’t necessarily realize that it still means something. I mean, East, West, that was before I was born. History. Even if I go to Berlin with a perfect regularity, in my opinion the wall and the differences between East and West are more like things you read in your touristic travel guide and things that are declining. And yet.

Yet every German person I meet here, even U25 (aged under 25), end up telling me in the course of the conversation and after only a few sentences that Lepzig is an Easttown. Either they happily inform me that the cost of living is miraculous here or they present depressed bringing up the problems of the town, it all comes down to “Leipzig is an Easttown”.

First, there was the-lady-from-the-bakery-downstairs (the bakery doesn’t have a name and neither does its manager). All I can say is that this Bäckerei is next to the Café Maître, number 62 of Karl-Liebknecht Str. And that I warmly recommend the place for the cake / tea / wooden counter lovers. Anyway, there was this smiling stranger first, who had arrived in Leipzig one year before and assured me that the very best of Leipzig were its people. I refrained from laughing since I had the exact same speech in Cologne, where all the native assured me that outside of Cologne there was nothing good. Because Leipzig is an Easttown – this fact being mentioned approximately 28 seconds after the conversation started – and because apparently are particularly warm and welcoming. “Ostalgiiie”, there you come (refers to the nostalgia of the socialist era when all was pink and pretty, a very fashionable concept on this side of Germany).

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backereiMais il n’y a pas qu’une pâtissière toquée pour m’affirmer que Leipzig est encore et toujours une ville de l’Est. Il y a les deux étudiantes travaillant à la Galerie für Zeitgenössige Kunst. La première, laconique, explique que Leipzig étant une ville de l’Est (3 secondes de conversation), les loyers y sont encore extrêmement abordables, et qu’on y trouve donc des jeunes et des artistes, êtres aux poches trouées s’il en est. La seconde en revanche – qui n’est plus étudiante s’il fallait être tout à fait honnête – se montre plus loquace, et le fait que Leipzig est une ville de l’Est n’entre en ligne de compte que pour les problèmes économiques que cela peut impliquer.

But one zany bakery wasn’t the only place where I heard that Leipzig is always and forever an Easttown. There were these two students working at the Galerie für Zeitgenössige Kunst. The first one briefly explains that Leipzig being an Easttown (after 3 seconds of conversation) rents are very affordable and that there are therefore a lot of young people and artists, who usually come with a small wallet. The second one on the other hand – who is no longer a student to be perfectly honest – is more willing to develop, and explains that Leipzig being an Easttown must only be taken into account regarding the economic problems.

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Certes, Leipzig s’est retrouvé un nombre de fois significatif en tête des classements du NY Times, vantant la qualité de vie de la ville. Et bien que cela témoigne surtout des capacités du département marketing, on a tout de même une  idée de l’atmosphère sympathique que peut dégager la petite ville allemande.

Certes, Leipzig fourmille de bonne idées pour soutenir la subkultur et les artistes alternatifs : à commencer par leur offrir des locaux dont ils ne payent pas le loyer, simplement les coûts de fonctionnement. Une subkultur qui rappelle d’ailleurs à l’étudiante – qui n’est plus étudiante – ce qu’elle a pu observer à Mexico dans ses jeunes années. Rien que ça.

Certes, Leipzig est une ville qui repart. Après le ciel gris et les bâtiments maussades de la période socialiste, le tourisme et les industries viennent revitaliser la ville. Porsche s’y installe, fleuron de l’industrie allemande s’il en est.

Yes, Leipzig has been a number of times at the head of NY Times rankings, concerning its quality of life. And even though it mostly shows the efficiency of the marketing department, you can still picture the pleasant atmosphere of this little town.

Yes, Leipzig is swarming with good ideas to encourage subkultur and alternative artists, starting with offering them premises they couldn’t afford and only charging them for operating expenses. This subkultur reminds the student-not-student-anymore of what she was able to observe in Mexico a few years ago. Nothing more, nothing less.

Yes, Leipzig is back on track. Succeeding to the grey sky and depressing buildings of the socialist period, tourism and firms come revitalizing the town. Porsche settles in, jewel in the crown of German industry.

Mais Leipzig est une ville de l’Est, et contrairement à – au hasard, et je ne fais que citer – Cologne et Hamburg, Leipzig manque cruellement de financements. Tout bêtement, tout simplement, tout tragiquement. La Galerie par exemple bénéficie de trois financements différents : un tiers vient de la ville de Leipzig, un tiers de l’État de Saxe, et un tiers d’un investisseur privé. Mais on me fait judicieusement remarquer que c’est grâce au tiers privé que la ville et l’État ont accepté de se lancer dans l’aventure. Or ce tiers privé, n’est simplement pas toujours disponible pour toutes les institutions culturelles de la ville.

Leipzig est pleine de potentiel et de bonnes idées, mais Leipzig est encore une pauvre ville de l’Est ? C’est à peu près la triste conclusion de cette après-midi. Heureusement que la journée se finit à l’ouest de Leipzig, au coeur de Lindenau, dans une jam session impromptue, comme histoire de rappeler que la culture n’a pas toujours besoin d’investisseurs privés ou même d’institutions établies.

Galerie für Zeitgenössige Kunst :

– deux bâtiments, un café (en partie vegan) dans celui tout de verre constitué.

– plusieurs expositions temporaires, pas de collections permanentes.

– les oeuvres valent le détour, mais vous pourriez n’y aller que pour l’architecture des deux endroits.

But Leipzig is an Easttown, which contrarily to Cologne and Hamburg – just quoting, pure random – is desperately short of funding. Silly, simple, tragic. The Galerie for example benefits from three different funding sources: one is the town, one is the State of Saxe, and one is a private investor. But my interlocutor wisely points out that the State and town agreed to be a part of this because there was the private funding. And this private funding is just not always available for all the other cultural institutions in town.

Leipzig is full of potential and good ideas, but is Leipzig still a poor Easttown? That sums pretty much up the conclusion of this afternoon. Luckily the day ended in West Leipzig, in the middle of Lindenau, with a surprised jam session, as a way to remind ourselves that culture doesn’t always need private investors or even established institutions.

Galerie für Zeitgenössige Kunst:

– two buildings, including a café (partly vegan) in the mainly designed with glass one.

– a few temporary exhibitions, no permanent collection.

– the pieces of work are worth it, but you also could go there only to see the architecture of the two places.

(thanks to my dearest Coline for the translation !)

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2 réflexions sur “Leipzig : ville de l’est cherche culture (with english translation)

  1. Oh que oui, les réflexes dans la mentaille humaine sont longs à évoluer et les coupures dures à se refermer (d’autant que celle-là date aussi un peu d’avant le mur et la seconde guerre mondiale, non, au fond ?). Franchement, quand on habite la Karl-Liebknecht St (et à deux pas, apparemment de la August Bebel St ;-), comment voulez-vous que l’histoire ne frappe pas à votre porte ? On n’est pas « toquée » pour autant, non mais !
    Merci INFINIMENT en tout cas de nous faire rentrer ainsi dans les subtilités culturelles (et financières !) des différents Länder et avec une si belle langue !!!

  2. La rue a d’ailleurs par endroits été rebaptisée Karl-Loveknecht Str. pour bien insister sur l’amour qu’ils lui portent 😉 En tous cas oui, chaque jour apporte son lot de subtilités et d’approfondissements, ravie si tout cela passe bien !

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