Dimanche personnel

précision de mi-décembre : Je commence à faire circuler un peu l’adresse de ce blog, j’ai hésité à supprimer ce dimanche personnel, mais je pense qu’il illustre tout de même assez fidèlement ce que plusieurs ressentent avant n’importe quel départ, et qu’il a vraiment marqué le début de mon voyage alors je le laisse à votre simple lecture plus qu’à vos critiques.

Au fur et à mesure que le train se remplit de grands blond-e-s et s’éloigne de France, j’ai miraculeusement l’impression qu’il y abandonne aussi le gros nœud de peur que je croyais s’être formé dans mon ventre. Apparemment, il s’était simplement aggloméré dans une rue parisienne, et n’était pas destiné à m’accompagner. Tant mieux, parce que je pouvais faire avec, mais ce n’était pas le plus agréable des compagnons de voyage. J’avais peur, tout simplement. Avec ou sans raisons, je ne sais pas exactement. Peur de quoi ? Je ne saurais dire. Ou de tant de choses à la fois. Peur d’être trop seule, d’être trop paresseuse, de ne pas y arriver. Peur de ne pas pouvoir m’exprimer. Peur de me décevoir, moi et tous les autres dont j’emporte le souvenir avec moi. On me l’a tant répété, que j’allais vivre une année formidable, que j’allais grandir et m’enrichir de mille et une rencontres plus vraies que dans les contes. Et si pour moi ça ne se passait pas comme ça ? Si je ne grandissais pas, si je m’amolissais, si je ne rencontrais personne ? Si je ne me faisais pas à l’idée d’être éternellement une touriste, si je me morfondais de désir d’appartenir sans possibilité d’appartenance réelle ? Autant de questions qui me traversaient l’esprit et me déchiraient le ventre. Mais aujourd’hui, elles se sont envolées. Et lorsque je les force ainsi à se rappeler à moi, elles apparaissent sous un jour nouveau. Si je suis une éternelle touriste, je serai une éternelle touriste. Si mon année me ramollit, ne me fait pas grandir, ce sera le retour à la réalité qui le fera, et en attendant j’aurai vécu comme dans un rêve d’enfant, ce qui ne sonne pas si mal. De toutes façons, ce sera mon année, et elle m’apportera quelque chose. Il y a dehors (on est dans les environs de Liège) une brume incroyable et il a l’air de faire froid. Pourtant si le train s’arrêtait soudain, heurtait un sanglier ou n’importe quel incident, je crois que rien ne pourrait m’agacer. Je m’assierais dans un de ces champs, seule ou avec les autres passagers, et je regarderais autour de moi. J’écrirais peut-être à Andreas, celui qui m’héberge à Köln, pour dire que j’aurais du retard, mais sinon, j’ai tout mon temps. Tout entier. Ce n’est pas une histoire d’heures ou même de journée libre. Non, j’ai tout mon temps, jusqu’à un très très long terme. Une perspective franchement libératrice. L* me l’avait dit, qu’une fois hors de France, le malaise sentimental et peureux s’en irait. Ca me paraissait surréaliste, et pourtant c’est vrai. Donc un jour je le dirai peut-être à quelqu’un qui s’angoisse à l’approche d’un départ. Et j’insisterai pour qu’il me croie. Une fois que la distance est derrière nous, et la liberté devant, le malaise s’en va. Est-ce parce qu’il s’agit d’une fuite ? Je préfère ne pas me poser la question pour l’instant.

On a souvent autour de nous comme une bulle d’espace personnel. Vitre en cristal précipitamment fracassée lorsqu’il y a une cohue dans le métro ou bulle de savon perméable lors d’un premier rendez-vous. À cet instant, dans ce Paris-Cologne, j’ai l’impression que la bulle qui m’entoure est une espèce de ballon en plastique qui ne cesse de gonfler et de dégonfler à chaque souffle de voix. Petite bulle protectrice à l’instant où j’ai commencé à écrire ces lignes, large enveloppe englobant tout le wagon désormais que des voix belges viennent perturber mes oreilles. Et j’ai l’impression que cette enveloppe personnelle ne va plus jamais cesser d’aller et venir entre autrui et moi, pour enregistrer en moi à chaque fois tout ce que mes sens percoivent.

Liège a une gare architecturalement étonnante, un quai de gare du moins. Des lignes blanches qui se croisent, et que je ne pense à prendre en photo qu’au dernier moment, alors que déjà certains passagers du train ne doivent plus l’apercevoir. Des maisons basses, rondes et rouges et un pont de nouveau constitué de lignes blanches croisées. Imperturbable, pour la troisième fois depuis le départ, la voie quadrilingue du Thalys s’élève. J’identifie trois langues sur quatre, pour l’instant tout va bien.

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2 réflexions sur “Dimanche personnel

  1. Coucou Lucie,
    Ton article est très bien écrit, tu arrives à mettre des mots très justes sur des émotions que j’ai donc partagées avec toi avant le grand départ pour mon propre voyage vers le Brésil ! Et ça me rassure aussi de lire que je ne suis pas la seule à ne pas mettre en oeuvre tous mes plans de jogging, bien que le bord de mer à Salvador de Bahia soit surement aussi attirant que les allées du parc de la Villa Borghese 😀 Je te souhaite un très joyeux anniversaire, puisqu’il me semble que la date est très proche (bien que pas tout à fait là avec mes 5h de décalage horaire!) et encore de belles découvertes !! A très bientôt ; ) Marine

    • Marine 😀 Je viens juste de voir, alors que ça me fait grand super plaisir ce commentaire ! Merci pour l’anniversaire,aussi, c’était très chouette de le fêter à Rome y a pas à dire. (mais avec le monstrueux tiramisu auquel j’ai eu droit, il faudrait décidément que je tienne mes bonnes résolutions, heureusement que j’arpente sans cesse les villes de long en large.) J’espère que tout se passe bien au Brésil (mais j’en doute pas, si le côté aventure voyage de tout ça te parle :))

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