Impression du Rijks

http://www.deezer.com/fr/artist/372121

Qu’y a t-il dans les musées qui me fait m’y sentir aussi bien aussi vite ? Tout commence pourtant comme une simple routine, faite de gestes quotidiens et peu enthousiasmants : trouver l’entrée, être dirigée vers le bon guichet, hésiter toujours à laisser ses affaires au vestiaire (Garderobe, c’est si drôle prononcé à l’allemande). On tâtonne en regardant les autres touristes le nez en l’air, qui avancent à petits pas. C’est comme un sas de décompression. Entre le musée et le dehors, il y a cet espace singulier et souvent silencieux. S’il est bruyant, ce n’est qu’un mélange de conversations indistinctes, un générique de radio. C’est comme une écluse. Le dehors est venu se jeter sur les portes du musée, mais une vanne métallique le retient, et nous sommes seulement quelques uns à pousser les portes, quelques uns à avoir rendez-vous avec l’autre monde. Un monde où nous parlons un peu moins fort, où nous avançons un peu moins vite, où nous faisons de plus petits gestes, tout cela parce que nous ne sommes plus seuls et que nous devons faire une place aux créations. Il ne faut pas les déranger, les bousculer, et il faut prendre le temps de percevoir leur place. Le monde est soudain riche d’une nouvelle entité : ce n’est plus seulement une histoire à deux dimensions, entre l’espace et les gens, c’est une construction en 3D, entre l’espace, les gens, et les créations, autour desquelles sont tournées toutes les attentions. On les regarde. On les commente. On leur sourit. On les dessine. Chacun a sa façon de leur laisser de la place. Il existe probablement autant de façons qu’il y a de visiteurs. Et plus encore. Autant de façons de regarder qu’il y a de regards. Est-ce que j’aurais remarqué ces aquarelles sur ces murs gris si quelques jours avant je ne m’étais pas délectée de carnets de voyage en ligne ? Mon oeil attrape ce qui fait écho en moi. Peut-être que passé un certain âge, on ne découvre plus rien, rien ne surgit à l’improviste, on ne fait qu’enrichir par relations systématiques notre vision du monde. Par corrélations, par différences, par évocations. Par correspondances.

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Bosboom

Sur le site du Rijksmuseum, on trouve la reproduction de ces belles aquarelles.

Je m’interroge cependant. Ces pièces sur lesquelles je pose mon regard, ces pièces avec lesquelles l’espace d’un instant j’ai l’impression d’entretenir une relation si particulière, étais-je absolument prédestinée à les apprécier ? Les tableaux hollandais que je trouve magnifiques, je prends soudain conscience que nous sommes des dizaines, sur place, à les trouver magnifiques. Et dans le monde, combien sommes-nous ? Des centaines ? Des milliers ? Plus encore. C’est vertigineux et c’est superbe : je partage avec des inconnus un amour inconditionnel pour le beau. Des centaines d’hommes et de femmes se sont tenus avant moi à cette place, et ont ressenti ce souffle formidable que produit la Ronde de Nuit. Et il s’en tiendra encore beaucoup d’autres. Alors est-ce une histoire d’ego, si je me sens soudain écrabouillée dans ces centaines aux émotions si conformes ? Non, ce n’est pas tout à fait cela. Est-ce une envie de reprendre Kant aux fondements, le beau est-il universel ? C’est un peu de cela oui. Entre deux tableaux de Hooch, je préfère celui que l’on choisit systématiquement dans les catalogues. Est-ce qu’on le choisit parce qu’il est plus réussi ? Ou bien est-ce que je le trouve plus réussi parce que mon regard le connaissait déjà et s’était préparé à le trouver beau ? Et même si c’était le cas, pourquoi cette angoisse ? Que ma sensibilité puisse ne pas réellement m’appartenir m’effraie. Et pourtant il en est forcément ainsi : je n’ai pas créé moi-même mes sentiments, je n’ai pas créé mes goûts, ils étaient là quelque part en moi, ou bien ils m’ont été insufflé mais ce n’est certainement pas moi qui les ai façonnés. Oui mais. S’il était possible d’être maître de notre propre ressenti, n’aurions nous pas un jugement plus certain et plus intéressant sur le monde ? Si je pouvais être sûre que mes impressions m’appartiennent en propre. Mais seraient-elles encore des impressions ? Mon serpent se mord la queue, c’est idiot.

Rondedenuitla Ronde de Nuit, et puis…

HoochHooch et puis aussi…

JanBoth

les lumières italiennes et puis encore…

laitière
Vermeer mais aussi ..

Terheidedes marines incroyables.

P1060289

Conseil horaire : y aller à l’ouverture reste un bon plan. Le musée est certes loin d’être vide, et vous aurez forcément de la compagnie dans la galerie d’honneur, mais pas de foule angoissante, et on circule très librement dans la plupart des salles. Un groupe d’amis y est allé juste avant la fermeture et a pour le coup bénéficié du musée dans sa totalité, sans croiser d’autres touristes. Mais c’est prendre le risque de manquer de temps ou d’être trop fatigué.

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